La Science avec ou sans conscience?

(Rédigé par les ‘Amis’ sur la base d’une conférence Dr Vét. Daniel Saelens)



Nous vivons dans une société où la science est toute puissante, au point de devenir notre religion moderne, l’arbitre suprême. Il arrive pourtant souvent que les experts ne soient pas d’accord. La problématique des OGM en est un bel exemple. Sans parler des ‘vérités scientifiques indiscutables’ remises en question quelques années plus tard. On ne compte plus le nombre de médicaments utilisés à grande échelle, puis retirés du commerce (le célèbre Softénon). La farine carnée, sous-produit des clos d’équarrissage, était un excellent aliment pour bétail jusqu’au jour où la vache a commencé à perdre la tête…

Penchons-nous sur la signification de ces termes. Voyons quelles sont les conditions nécessaires pour être admis dans le sacro-saint “club des scientifiques” au nom duquel tout paraît être possible. S’il s’avère par cette étude que rendre les vaches folles en les rendant carnivores, que permettre aux femmes ménopausées d’être enceintes, que reproduire des mammifères par clonage, que brûler en quelques décennies des réserves énergétiques accumulées pendant des millions d’années, qu’accumuler des embryons humains dans des congélateurs… est une attitude scientifique, alors nous ne serons pas fiers d’être scientifiques!

Définitions

Entre un dictionnaire de 1950 et son édition de l’an 2000, nous constatons une évolution dans la définition du mot ‘Science’. Ce terme désignait en 1950 la connaissance exacte et raisonnée d’une matière donnée. Les sciences naturelles constituaient un ensemble de connaissances coordonnées. Aujourd’hui, la ‘Science’ se définit comme un ensemble cohérent de données démontrables par expérimentation et prouvées.

Jusqu’au moyen âge, la connaissance n’était pas expérimentale. Héritées de la nuit des temps, elle se mêlait à la religion. Les scientifiques étaient philosophes ou religieux. Leur savoir n’était pas mis en doute, mais appliqué avec un talent extraordinaire. En témoignent les cathédrales qui défient les âges et qui ont été édifiées à l’aide de techniques toujours inégalées.

Avec la Renaissance et son ébullition d’idées commence la découverte expérimentale des grandes lois qui régissent l’univers. La disparition de l’Inquisition favorise ce processus. C’est l’euphorie de la découverte. Des chercheurs indépendants – souvent méprisés dans un premier temps – donnent naissance à des inventions vulgarisées par l’industrie et la finance. L’ère industrielle commence. Ces pionniers pouvaient encore établir des correspondances entre leurs connaissances religieuses, alchimiques ou astrologiques et leurs observations et applications pratiques. Les vieux dictionnaires reprennent d’ailleurs les termes de ‘science infuse’ ou ‘occulte’ dans leur définition de la science. En revanche, le dictionnaire actuel a supprimé ces notions, sans doute par crainte de nuire à la respectabilité de la Science!

Pour être scientifique

Plusieurs critères sont apparus récemment dans la définition de ‘scientifique’:

1) La connaissance exacte
(‘exact’ = juste, conforme à la règle, à la vérité)

Le premier critère de la Science est d’être conforme à la vérité, à la règle. Les grands savants ont mis en évidence des VERITES, des réalités: La terre est ronde. Le sang circule dans les vaisseaux sanguins. Les animaux peuvent être classés en embranchements, ordres, espèces, races, etc. L’industrie n’a fait qu’appliquer et vulgariser ces lois universelles dans des inventions que l’on n’imaginait pas auparavant.

Depuis quelques décennies pourtant, les recherches scientifiques poursuivent le but opposé, c’est à dire ne plus être conforme à la règle. La science essaie par tous les moyens d’échapper aux lois naturelles universelles. Les vaches ne doivent plus être herbivores. Les femmes ménopausées peuvent être enceintes. Les animaux supérieurs ne doivent plus passer par la reproduction sexuée pour se reproduire. Le clonage suffit. La stérilité devient synonyme de santé.

La notion d’exactitude a disparu de la définition de la Science puisque le but des recherches est à présent de ne plus être exact (conforme à la règle).

2) La connaissance raisonnée
(‘raison = faculté par laquelle l’homme peut connaître, juger et déterminer sa conduite d’après cette connaissance)

Pour bien comprendre le sens de ce terme, il faut décortiquer le progrès scientifique dans ses différentes étapes:

A) La recherche fondamentale: première étape du travail scientifique, qui met en évidence la loi fondamentale. Elle est ce qu’il y a de plus objectif dans la science parce qu’elle est indépendante du chercheur (si celui-ci est honnête). Mesure le phénomène étudié et met en lumière des lois et systèmes sous-jacents.

B) La science appliquée, deuxième étape. Une fois la loi découverte, voir comment l’appliquer en tant que progrès scientifique, pour participer à l’évolution du genre humain.

C) L’industrialisation, la mise sur le marché, le marketing, la promotion. L’invention bien analysée, dont il s’avère qu’elle est un progrès, est produite en masse pour en faire jouir un maximum de gens.

C’est surtout à partir de la deuxième étape que la raison intervient. En effet, pour mettre sur le marché une nouvelle invention, il faut qu’elle amène un véritable progrès bénéfique pour tout le monde, y compris la nature. Il faut sans cesse confronter la science appliquée aux lois fondamentales et étudier toutes les conséquences de nos actes. Il est complètement déraisonné de produire des éléments sans avoir pensé à la suite des événements, c’est à dire le recyclage des déchets. L’invention de la roue et la traction chevaline n’ont pas provoqué de catastrophe écologique et sont donc de véritables progrès. C’est la raison (détermination de la conduite d’après les connaissances) qui doit guider l’homme dans l’application de ses découvertes.

La raison fait intervenir le principe de solidarité. Ce dernier interdit à l’homme de vulgariser des inventions si elles ne sont pas bénéfiques à toute la création ou lui permet de les utiliser à certaines conditions. Une caricature pour bien comprendre cette notion: si l’on n’utilisait les moteurs que pour ce que le cheval ne sait pas faire, il n’y aurait pas de problème de pollution. Par manque de raison dans l’utilisation, une découverte géniale devient néfaste plutôt que bénéfique.

Bien des découvertes scientifiques récentes s’accompagnent d’actes déraisonnés et d’une phase de marketing sans être passés par l’examen de la raison. C’est pourquoi il était sans doute plus “raisonnable” de supprimer cette notion du dictionnaire!!!

3) La Science est un ensemble de faits coordonnés

L’observation et l’expérimentation débouchent sur un ensemble de faits qu’il faut coordonner, c’est-à-dire mettre en ordre. La définition de ‘coordonner’ a glissé, elle aussi. En 1950: ‘combiner selon certains rapports, dans l’ordre assigné par la forme ou la nature des éléments’. En 2000: ‘agencer des éléments pour former un ensemble cohérent’. Lorsque le dictionnaire de 1950 parle d’ensemble coordonné, cela implique de se plier à l’ordre assigné par la nature des éléments. Le scientifique ne fait donc que dévoiler un lien existant dans la nature même des éléments. Pas question d’inventer ou créer des liens artificiels. En 2000, les définitions de ‘cohérent’ et de ‘coordonner’ (agencer des éléments pour former un ensemble cohérent) sont beaucoup moins strictes: il faut que ‘toutes les parties se tiennent et s’organisent logiquement’. Prenons le problème de la vache folle. La vache mange des protéines d’origine végétale. Les protéines sont une séquence d’acides aminés. Les protéines provenant de cadavres sont également une séquence d’acides aminés. Il est donc possible de donner des protéines d’origine animale réduites en poudre et complétées d’acides aminés manquants. Ceci est un ensemble cohérent puisque toutes les parties du raisonnement se tiennent. Mais ce n’est pas un ensemble coordonné au vieux sens du terme puisque cet agencement est contraire à la nature des éléments: la vache est végétarienne de nature.

Avoir supprimé de la définition de la science cette notion de coordination est donc tout à fait cohérent avec la logique actuelle qui dicte de ne pas se plier à l’ordre assigné par la nature des choses.

4) Qui a de la rigueur

On a vu également que ce qui est scientifique a la rigueur de la science. La rigueur nous renvoie à la notion d’exactitude dont nous avons déjà parlé dans le premier paragraphe.

5) Objectivité

Cette notion apparaît dans la version de 2000 du mot ‘scientifique’. Définition: ‘qui ne fait pas intervenir d’éléments affectifs ou personnels dans ses jugements’.

Cette objectivité est évidente dans la première phase de la recherche: la recherche fondamentale. La loi que la recherche met en lumière existe depuis toujours, indépendamment du chercheur. On comprendra donc qu’elle soit objective.

Par contre, l’application dans la vie quotidienne doit être raisonnée, comme nous l’avons vu. Personne n’est capable de raisonner sans faire intervenir des éléments affectifs ou personnels. Einstein et Oppenheimer ont certainement dû faire intervenir leurs sentiments lorsqu’ils se sont rendu compte de la puissance de la bombe atomique et de son utilisation prochaine par le pouvoir politique. Il est d’ailleurs bien connu que les grands scientifiques, étant donné qu’ils touchent souvent au fondamental des choses, finissent par faire de la philosophie. Ils essayent ainsi d’intégrer leurs découvertes dans ce qui reste malgré tout un grand mystère: celui de la vie. Je ne citerai qu’Einstein ou plus récemment, Albert Jacquart.

Ces réflexions font intervenir des éléments subjectifs et n’enlèvent pourtant rien à la valeur scientifique de ces hommes. L’objectivité est donc sujette à caution. On peut comprendre qu’elle soit absente de l’ancienne définition. Les notions d’exactitude, de raisonnement et de coordination suffisaient.

Il est sûr et certain que toutes les recherches “scientifiques” effectuées par l’industrie ou par l’Etat, les recherches universitaires sponsorisées par les mêmes industries ont en commun une objectivité sujette à caution.

A ce propos, citons quelques extraits de l’encyclopédie Alpha, parlant de l’objectivité de la science.

“Ces piétinements font apparaître un côté délicat de “1’objectivité scientifique”. La compétence des savants est scientifique, mais leurs décisions ont d’énormes conséquences politiques ou sociales, et leur consensus n’est pas toujours rationnel. (…) Notre science se fait dans le regret de l’innocence perdue. L’Etat n’agit pas en mécène mais intègre le savoir scientifique dans la production, au détriment peut-être des Finalités propres de la science. Ce n’est pas l’hégémonie de la science qu’il faut craindre, mais que des demi-savants ou d’habiles illusionnistes n’usent d’un langage emprunté, aux apparences de rigueur et d’objectivité, pour habiller des convictions ou des projets condamnables.”

Ce texte date de 1972. On ne peut malheureusement que constater qu’il est d’une actualité criante.

Conclusion

La plupart des recherches actuelles n’étant plus du tout scientifiques, la définition de la Science a été modifiée, lui ôtant toute substance. C’était plus facile que d’arrêter cette machine infernale qui utilise la technique de la terre brûlée en détruisant tout sur son passage et que l’on nomme si pompeusement “les progrès de la science”.

Nous devons absolument continuer à travailler de la façon la plus scientifique possible, c’est-à-dire répondre aux trois critères indispensables:

Exactitude: se remettre à la norme, à la règle. Il nous faut connaître et domestiquer les lois fondamentales qui régissent 1’univers. Pas en inventer des nouvelles qui vont à l’encontre du bon sens.

Raisonnement: tout homme doit penser à la conséquence de ses actes à court, moyen, et long terme. Cela différencie d’ailleurs l’homme de l’animal. L’homme qui ne raisonne pas devient bestial et la plus nuisible des créatures terrestres.

Coordonner toutes les informations: la recherche scientifique, c’est tout décortiquer, c’est vouloir comprendre le moindre détail. Lorsque toutes les pièces détachées sont là, il faut les remettre dans le bon ordre, dans l’ordre prévu par la nature et pas dans un nouvel ordre réinventé par l’homme.

La seule façon de nous sortir de la spirale infernale de destruction (d’autodestruction) actuelle sera scientifique (dans le vrai sens du terme). Il ne peut être question de retour en arrière, ni de rejet des découvertes extraordinaires de cette période matérialiste. Il faut les comprendre, les compléter et les intégrer dans un véritable projet scientifique, humble et raisonné. Cette crise ne peut être surmontée qu’à partir de l’avenir. La solution est “demain” et pas “hier”.

Matthieu